Musiques sacrées de l’Inde du nord

Partons ensemble à la découverte des musiques hindoustanies, leurs instruments ainsi que leurs sonorités. Nous sommes accompagnés par le musicien, interprète et professeur Paul Grant.

Avec deux de ses élèves, il nous présente les trois instruments qu’il enseigne, à savoir:

le sitar, les tablas et le santur.

Paul Grant jouant du santur
Paul Grant jouant du santur (source image : consciencesansobjet.blogspot.com)
Yann Bellini
-Yann Bellini-

Interview

YB : Commencez par nous raconter votre parcours: de la pratique de cette musique de l’Inde du nord à son enseignement.

Paul Grant : C’est un long apprentissage, j’ai eu la chance d’apprendre avec des grands maîtres qui ont un système très pédagogique. Un Système que j’ai repris et adapté à ma sauce, après 25 ans de pratique, afin d’enseigner à mon tour.

L’apprentissage est avant tout oral, la transmission se fait principalement par l’oralité.

C’est à dire ? Est-ce que vous « solfiez » les notes à voix haute ?

Exact, c’est une sorte de solfège mais chaque instrument a son propre langage.

Le maître chante des phrases. Chaque note d’un instrument précis est associée à une syllabe. Les phrases construisent ainsi des mélodies et c’est avec ce système syllabique, comme des onomatopées, que les élèves apprennent.

Le sitar

Qu’en est-il du Sitar ? Très présent dans les musiques indiennes, c’est un instrument de la famille des luths avec une trentaine de cordes. On imagine donc bien qu’il est plus complexe qu’une grosse guitare…

(rires) Oui, c’est un instrument qui a des ancêtres très lointains : les anciennes vinas en Inde mais aussi les luths à long manche de Perse.

C’est un « hybride » né en Inde durant la période moghol (dès le 16ème siècle NDR), et il a un système de cordes sympathiques assez complexe… des cordes de résonances si vous préférez. Elles prolongent certaines harmoniques par rapport aux cordes mélodiques et rythmiques principales. Il y a donc trois types de cordes pour ce seul instrument.

Votre élève semble extrêmement concentré, presque replié sur lui-même. L’apprentissage du Sitar demande systématiquement une telle écoute ?

Oui, cela demande une très grande concentration. Il s’agit de saisir le moindre détail que le maître transmet.

Cette musique ne peut s’apprendre par écrit à cause de sa complexité, il faut donc un contact direct avec le maître. Il y a besoin d’un accompagnement permanent car la correction se fait au fur et à mesure.

Les tablas

Puisque vous parlez d’oralité, vous nous avez dit que chaque instrument a son propre langage, est-ce qu’il en va de même pour les percussions ?

Oui, c’est le cas pour les tablas que nous avons ici. C’est une paire de percussions apparues à peu près en même temps que le sitar. Le tambour droit produit des sons aigus et celui de gauche des sons graves.

Plutôt qu’avec les mains, il s’agit de jouer avec les doigts. C’est vraiment un instrument qui requiert beaucoup de précisions.

Pour chaque frappe, il y a une onomatopée qui correspond. Il y a donc un langage propre aux tablas et l’apprentissage se fait de la même manière qu’avec la sitar.

Quel serait alors le spectre de notes et des gammes que les tablas peuvent couvrir ?

Toutes! Au même titre qu’un autre instrument. En revanche c’est le choix de la taille des tambours qui nous permet d’aller ou nous voulons. Plus elle est grande, et plus la note principale produite est basse.

En règle générale, nous la choisissons en fonction de la tessiture du vocaliste. Ici, puisque les santur et sitar sont réglés en ré, nous avons choisi des tablas en ré.

Cela semble demander une bonne souplesse physique, ne serait-ce que la posture ainsi que les mains et les doigts…

Oui, c’est la première difficulté : garder une cohérence vis-à-vis de la force de chaque frappe. La deuxième c’est l’improvisation. Tout comme le Jazz, il y a des thèmes et des variations qu’il faut apprendre à maîtriser.

Le santur

Le santur est un instrument qui m’a toujours rendu curieux. Visuellement, cela ressemble à une grande caisse avec une centaine de cordes qui seront ensuite frappées à la manière d’un piano… Ça doit être un enfer à accorder ?

Oui c’est le plus difficile. Quand j’ai annoncé que je m’intéressais au santur, on m’a tout de suite dit que c’était pas une bonne idée (rires).

Il y a précisément cent cordes. Elles sont groupées en quatre, donc cela fait vingt-cinq chevalets à accorder (sourire).

C’est l’ancêtre du piano, le vrai!

 

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